Présentation

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 VENTABREN

 

« La vie n’est pas lisse, mon expression non plus » confie Didier Ventabren.

Ce peintre enraciné dans la culture méditerranéenne pratique un art exubérant et matiériste. Il aime que sa peinture soit fertile, boursouflée, grumeleuse.

Il faut qu’elle déborde, coule, se froisse, s’agite. Il faut qu’elle soit rouge, enragée, révoltée et primitive dans la prière.

Il aborde la sculpture comme il approche la peinture, stimulant la matière, par accumulations, par rajouts.

La couleur engloutit le sable, le métal, le papier, les objets recyclés.

Des tâches noires laissent ses empreintes calcinées comme une pluie de blessures sur les vêtements colorés d’une reine au visage triste.

Par des signes barbaresques, des allusions, des flèches, par le signe de la croix, par la route des étoiles, l’artiste divulgue ses valeurs.

Il griffe et triture la figure, il érafle la matière. Des chiffres et des équations étranges, de fausses ou de vraies calligraphies dévoilent les confidences secrètes qui taraudent l’artiste au sujet des civilisations fondatrices de sa culture.

Peu importe qu’il s’approprie la toile par des carrés, par des portées organisées ou bien qu’il l’attaque par un jeu de fleuret laissant gicler le trait, il faut que ça porte, que les images soient jaillissantes, telles ses émotions emportées. Il arpente sa toile des yeux. Il soupèse la poudre entre ses doigts puis il la jette comme le semeur les semences.

Ses mouvements saccadés, ses gestes sont précis, précipités, ils deviennent rituels. Sa main munie d’un mince couteau cherche dans la matière l’endroit exact où elle esquisse une bouche, un nez… Ses visages arrivent en groupe, en grappe, par amoncellement. Ses personnages naissent grimés, dissimulés mélangeant leur identité.

Ce sont des masques blancs, des masques indiens, africains, vénitiens, mexicains. Des masques d’animaux, de poètes, masque de couleur violette, masque de princes et de leurs bouffons.

L’artiste explore l’imaginaire de la mythologie gréco-romaine avec ses taureaux et ses fables. Il trouve son souffle dans les rues de Nîmes, en songeant à Cervantès.

Avec sa manière rugueuse et ironique, il s’exprime dans son esperanto qu’il crée en s’inspirant du langage d’autres peintres et sculpteurs : Vélasquez, Basquiat, Saura, Pagés, Pollock, Viera da Silva et du langage fourmillant de l’art singulier.

L’univers poétique de Vertabren est une farandole à l’image du jeu de rôle que les personnes endossent au sein de la société. Comme le peintre belge James Ensor, qui lui aussi observait la chevauchée des masques, il en fait beaucoup.

Le bal grotesque, l’étonnante mascarade colorée et bruyante de ses personnages tapageurs, barbares, primitifs mime le drame, et le côté tragique de la vie.

 

Fidèle à sa culture, il met en scène comme dans un songe reconnaissable entre tous, son personnage principal. Croqué sobrement et en quelques traits noirs et fins avec sa figure allongée blanche et triste, perdu dans ses rêves anciens Don Quichotte, le fou, le sage, le saint ou l’artiste.

Ileana Cornea Paris février 2015

Voir aussi: https://www.facebook.com/didier.ventabren

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